VERITE
#56 Fatigue entrepreneuriale : quand le business fonctionne mais que tu t’éteins
avec Léa Mispoulet
L’épisode en résumé
7 ans. Plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires cumulé. Une équipe jusqu’à 12 personnes. Des centaines d’entrepreneurs accompagnés. Sur le papier, tout fonctionnait.
Et pourtant, Léa Mispoulet a fermé cette entreprise. Pas à cause d’un échec financier. Parce qu’elle s’éteignait en silence derrière une façade qui performait. Une fatigue qui ne partait plus. Une perte de sens progressive. Le sentiment de continuer sans vraiment savoir pourquoi.
Dans cet épisode de Vérité, Léa raconte les coulisses de ce que beaucoup de dirigeants vivent en silence — cette fatigue entrepreneuriale qui ne ressemble pas à un burn-out classique, qui arrive précisément quand on a réussi, et dont personne ne parle parce qu’on n’a pas le droit de se plaindre quand les chiffres tiennent.
Ce que vous allez découvrir
Citations de l’épisode
« Ça tournait. Mais j’étais absente de moi-même. Je disparaissais silencieusement — comme une bougie qui s’éteint. » Léa Mispoulet
« On veut réussir. On fait tout pour réussir. Et c’est quand on a réussi que ça se met à déconner. » Léa Mispoulet
« J’ai bien trop sacrifié. Et ça — plus jamais. La plupart de mes sacrifices n’étaient pas des désirs réels. C’était des peurs. » Léa Mispoulet
« L’expansion, c’est revenir encore plus à l’essentiel. Parfois, pour ça, il faut créer du vide. » Ombeline Becker
À propos de Léa Mispoulet
Formatrice et accompagnatrice d’entrepreneurs, Léa a cofondé Copleni — entreprise d’accompagnement dédiée aux praticiens du bien-être — qu’elle a développée pendant 7 ans avant de la fermer avec intégrité. Elle accompagne aujourd’hui les entrepreneurs qui se trouvent à ce seuil précis : quand le business fonctionne, mais que la question devient « qu’est-ce que je fais de tout ça maintenant ? »
Pour aller plus loin
→ Lire le dossier blog : Entrepreneur, à quel prix ? Ce que personne ne dit sur le vrai coût de réussir
→ Écouter aussi : Ep. 56 — Fatigue entrepreneuriale : ton business fonctionne, mais tu t’éteins (Léa Mispoulet)
→ Découvrir le collectif L.I.B.R.E.S. — l’espace pour traverser ces seuils entourée
→ Réserver un entretien avec Ombeline pour un accompagnement privé.
Transcription de l’épisode
Ombeline — Alors il y a des parcours qui impressionnent et puis il y a ceux qui interrogent. Léa fait partie de ces femmes qui ont construit, vraiment construit. Elle débute sa carrière en communication, en événementiel, en marketing dans l’univers des startups. Très vite, elle se spécialise dans la transmission. Elle devient formatrice, notamment en école de commerce, dans des écoles du secteur du bien-être. Puis elle crée Copleni, une entreprise d’accompagnement dédiée aux entrepreneurs et aux praticiens du bien-être. Pendant 7 ans, elle développe son activité. Plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires cumulé, une équipe jusqu’à 12 personnes, des centaines d’entrepreneurs accompagnés. Elle comprend la croissance, elle comprend la stratégie, elle comprend ce que c’est que de tenir un business. Sur le papier, tout fonctionne. Et pourtant, quelque chose se fissure. Une perte de sens, une fatigue qui ne part plus, une impression de continuer sans vraiment savoir pourquoi. Elle traverse ce que beaucoup de dirigeants vivent en silence, une entreprise qui marche mais qui ne nourrit plus. Alors Léa prend une décision radicale, fermer une entreprise à plus d’un million d’euros pour repartir de zéro. Aujourd’hui, elle accompagne les entrepreneurs qui sont exactement à cet endroit quand le business fonctionne. Mais que la question devient, qu’est-ce que je fais de tout ça maintenant? Alors, dans ce nouvel épisode de Vérité, je vous propose de parler des coulisses, des injonctions, du prix de la réussite et de ce moment où continuer devient plus coûteux que s’arrêter. Bienvenue Léa, dans Vérité.
Léa — Merci beaucoup, Ompline. Je suis très, très heureuse d’être sur ton podcast.
Ombeline — Merci, je suis très heureuse de te recevoir aussi. Déjà, notre appel de préparation était passionnant. Pour commencer, tu sais, j’aime bien poser la question de où est-ce que tu te situes pour qu’on puisse t’imaginer?
Léa — Où est-ce que je me situe? Dans l’espace, dans la planète? Tu sais, moi, j’aime bien…
Ombeline — Sur la planète et puis on va dire dans, je ne sais pas, l’endroit où tu es pour que les auditeurs puissent t’imaginer.
Léa — donc là, je suis dans mon bureau, chez moi, et je me suis fait un petit cocon, parce qu’avant, je n’avais pas de bureau, je travaillais, et d’ailleurs, peut-être qu’on en reparlera, mais je travaillais de chez moi, mais sur un vieux bureau hyper mal installé, et je me suis vraiment fracassée des cervicales. Donc, depuis, j’ai installé un vrai bureau, voilà, chez moi. Donc, j’ai une petite pièce sympathique.
Ombeline — Et donc sur la planète, t’es où?
Léa — Dans la lune, moi je suis poisson, je sais pas si tu fais un petit peu d’astro, si tu connais, mais je suis poisson! Donc, tu vois, je navigue, j’aime bien regarder le ciel souvent, je suis très intuitive. Donc, voilà, j’adore regarder ce qui se passe au niveau planétaire, mais tu vois, au niveau aussi des étoiles.
Léa — J’adore l’astrophysique. J’y connais rien, mais j’adore me renseigner sur le sujet.
Ombeline — Alors, ma question, c’était où est-ce que tu es géographiquement?
Léa — Je commence déjà à partir dans tous les sens. Je suis à côté de Paris, dans la région parisienne.
Ombeline — super. Aurélie, par exemple. Bon. Comment tu te sens au début de ce podcast?
Léa — Eh bien, je te disais un petit peu en off que je me sens stressée. D’habitude, je suis derrière, je suis haute du podcast. Là, effectivement, je suis de l’autre côté. Et puis, c’est un sujet qui est assez personnel, intime, dont on va parler aujourd’hui. Donc, ça va me demander d’aller chercher dans mes tripes les réponses pour qu’elles soient le plus authentiques possible et puis qu’elles puissent aider si besoin ou si ça peut… donc j’ai un peu la pression.
Ombeline — Est-ce que tu serais d’accord de partager aussi le… Parce que c’est toi qui m’as proposé de venir sur le podcast et ça me touche beaucoup quand on lève la main pour venir sur Vérité. Est-ce que tu aimerais parler à nos auditeurs, savoir pourquoi tu as eu envie de venir au micro de Vérité?
Léa — En fait, ton podcast… Je vais enfoncer une porte ouverte en disant ça, mais je pense que ça parlera à tes auditeurs et auditrices. Tu n’enfonces pas de vérité toute faite. Tu parles vrai, t’es invité aussi, tu as une voix, même quand j’écoute tes posts, t’as comme de manière générale, t’as un ton très, très, très à toi, on bligne, mais qui dénonce… Alors, pas dans la rage, tu vois, le côté dénoncé des choses que personne ne dit, voilà, parce que, je ne sais pas, il y a du feu en toi. Ce n’est pas du tout ça. C’est plutôt de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas et n’osent pas dire. Donc, justement, cette voix-là que tu as, c’est rare. Et je vais aller un peu plus loin. Il y a énormément de podcasts en France, j’en fais partie, mais il n’y a pas énormément de podcasts qui parlent des dessous de ce qui peut se passer pour chacun et chacune d’entre nous. Alors là, je parle d’un point de vue entrepreneurial. Qu’est-ce qui se joue vraiment? On va parler énormément de business, de stratégie, d’opérationnel, de délégation, de management, etc., finance.
Ombeline — et la place qu’occupe l’entreprise chez l’entrepreneur ouais
Léa — mais elle est où notre place à nous? Et du coup, c’est ça qui m’intéresse dans ton podcast, c’est quoi la vérité de l’entrepreneur? En l’occurrence, là, pour le coup, l’objet de notre interview, la place qu’occupe l’entrepreneur dans son entreprise. Et ça, en fait, c’est très, très rare d’en parler. Ou alors, tu vois, on va… exactement exactement parce qu’on va parler d’alors si alors après on va en parler quand ça y est c’est déjà trop tard tu vois on va parler de burn out mais l’entre deux il est un peu touchy quoi
Ombeline — Carrément, carrément. Alors, justement, et si on commençait par ce moment où tout fonctionne extérieurement, mais où intérieurement, ça commence à craquer et t’en as conscience. Est-ce qu’il y a eu un moment en particulier ou est-ce que ça s’est fait en plusieurs étapes?
Léa — En fait, ça s’est fait en plusieurs étapes. Moi, je ne savais pas identifier l’entrepreneur. Enfin, je dis l’entrepreneur parce que je parle à beaucoup d’entrepreneurs qui vivent la même chose que moi en off et mes clientes aussi. Ça s’est fait par étapes parce qu’il n’y a pas eu d’arrêt brutal de, tu vois, je suis en train de m’éteindre d’un coup. Tu sais, c’est comme une flamme, en fait, quand c’est la fin de la bougie. Et la flamme, elle s’éteint tout doucement. Moi, c’est exactement ce qui s’est passé. Donc, il y a eu des étapes, effectivement, dans ce cheminement et dans ce qui s’est passé.
Ombeline — Et est-ce qu’il y aurait, par exemple, un moment que tu aimerais partager, dont tu te souviens?
Léa — Alors, le moment… Il y a eu deux moments, je dirais, clés. Le premier, 2022. Moi, ça a été très lié à… Tu vois, j’associais la réussite au chiffre d’affaires. On y reviendra peut-être, mais c’était très lié à… Voilà, ma boîte était en croissance. Donc, 2022, ma boîte, voilà, performe, tout se passe bien. Et je suis au Mexique, je suis en congé. Et là, en fait, moi, j’avais la certification, enfin, j’avais la certification Calliope, et donc, je pouvais aussi avoir accès au compte personnel de formation. 95% de mon chiffre d’affaires était représenté par le CPF. Bref, ceci étant dit, je suis donc au Mexique avec mon petit cocktail et en train de faire une pause, même si on le sait, quand on est entrepreneur, on regarde nos mails tous les jours, plusieurs fois par jour, même en vacances. Et là, je reçois, donc je vais checker mes mails, et donc je reçois un fameux message de la Caisse des dépôts m’informant que je suis inquiétée par la Caisse des dépôts. Ça veut dire que j’ai une procédure me disant, vous devez justifier de vos formations, et en attendant, c’est suspendu.
Léa — sympa les vacances. Donc, si tu veux, je ne vais pas rentrer trop dans le détail puisque ce n’est pas le plus important. Mais à ce moment-là, je me suis dit, bon, j’ai deux choix. Soit je me gâche les vacances, soit résilience. Je ne peux rien faire. Je suis à distance à part trouver une avocate. Je ne peux rien faire, en fait. Bon, je reviens en France et là, en fait, ça a commencé à être compliqué parce que je me suis dit, je ne peux pas avoir un business model déjà qui soit basé que sur l’État, donc un business model étatique, si je peux me permettre l’expression, où je mets mon entreprise littéralement dans les mains de l’État.
Léa — Donc là, je me suis dit, il y a un problème, sachant qu’en plus, ça me demandait un effort. C’est-à-dire que d’une part, je me rends compte que je mets dans les mains de l’État mon entreprise, qu’elle est dépendante au niveau de la législation de l’État sur le CPF. Et d’autre part, je me donne mes corps et âmes pour une entreprise où demain, ça peut s’arrêter en fait. Et quand je dis corps et âme, c’est vraiment corps et âme. Et tu vois, donc à ce moment-là, j’ai quelques signes physiques qui commencent à arriver. Donc physique et intellectuel, grosse fatigue. Je mangeais pas beaucoup, j’ai développé un RGO.
Léa — reflux gastro-osophagien, donc j’avais des brûleurs d’estomac, plein de trucs que je ne pouvais plus manger, des grosses douleurs, enfin non, pas des grosses douleurs, ce n’est pas ça, mais des douleurs au niveau gynéco, à répétition, tu vois, des trucs bien, bien chiants. Et puis, bon, voilà, tu vois, des signes comme ça qui sont arrivés. Donc ça, ça a été la première. Et la deuxième, il n’y a pas si, si longtemps, je dirais, il y a un an avant que je parte, avant que je parte, là, quelques mois à Bali.
Léa — Début 2025, un an et demi, bon. Début 2025, là, les signaux du corps sont très importants. Mon corps commence vraiment à me dire stop. Donc là, moi, je pense que c’est un burn-out, tu vois. Sauf qu’en fait, je me rends compte quelques jours, semaines à peine plus tard, que ce n’était pas du tout ça, en fait. J’étais en train de perdre la motivation. Je réalisais que j’étais en train de performer, tu vois.
Ombeline — et parce qu’en fait 2022 t’as ces premiers signes de ton corps qui sont quand même assez forts
Léa — J’étais tout le temps dans la performance, mais j’habitais plus ce que je faisais. J’étais plus inspirée, j’étais plus enthousiaste, en fait ça tournait mais j’étais absente j’étais absente de moi même tu vois donc j’étais en train de disparaître silencieusement comme cette bougie cette analogie que je faisais tout à l’heure cette bougie qui s’éteint oui pas du tout non non
Ombeline — Et en fait, tu ne les prends pas au compte? Ok, d’accord. Donc, tu mets le couvercle, tu ne fais pas le lien avec ton business?
Léa — Non, je n’écoute pas du tout. Je ne considère pas que ça vaut la peine que je m’arrête. Alors, tout le monde me disait « fais attention », mais je n’écoute personne, mais vraiment personne. Et à l’époque, j’étais entourée. J’ai toujours été entourée de coach et tout. J’ai toujours été hyper bien entourée professionnellement et personnellement, mais je n’écoute personne, même pas mon corps du coup.
Ombeline — Waouh! Et donc, t’imagines, ton système a encore tenu trois ans.
Léa — alors je sais pas du coup si c’est une bonne nouvelle.
Ombeline — Ah ben, j’imagine. Oui, j’imagine. Mais en fait, tu te rends compte déjà les signes que t’avais en 2022? La capacité du système à tenir encore trois ans? C’est…
Léa — C’est là où le mental a pris beaucoup de place et l’ego…
Ombeline — puis t’es dans un engrenage aussi entrepreneurial, t’es entouré, c’est une adrénaline, quoi, aussi.
Léa — Ah oui, c’est la drogue. C’est la drogue de l’entreprenariat. T’es drogué à ton entreprise. Complètement.
Ombeline — puis t’es dit, ça va arriver, ou ça va passer, ou… Enfin, il y a cette échéance-là, après, c’est rien à mieux, enfin, il y a toujours un truc, en fait…
Ombeline — Et donc, qu’est-ce qui fait qu’en 2025, cette fois-ci, tu prends une décision différente?
Léa — À ce moment-là, cette histoire de CPF a disparu parce qu’il y a eu un décret en 2025 qui a fait disparaître de toute façon la possibilité pour les organismes de formation d’avoir la possibilité de proposer les formations au CPF. sans avoir de répertoire spécifique. Enfin bref, on va pas rentrer dans le détail, c’est pas l’idée. Mais du coup, là, je me dis, bon, à mon avis, ça marque la fin de quelque chose pour moi. Je m’étais déjà battue, tu vois, deux ans et demi de plus entre les deux histoires CPF, on va dire ça. Et là, je me suis dit, ok, ça veut dire qu’il va me falloir beaucoup d’énergie pour ne pas avoir un business qui dépende… Parce que là, je n’ai plus d’accréditation, tu vois. Donc là, il va me falloir beaucoup d’énergie pour remonter le chiffre d’affaires, beaucoup d’idées, de créativité, d’être capable d’avoir une vision et d’emmener mes collaborateurs et mes collaboratrices dans ma vision. Sauf que là, c’est zéro la tête à Toto. Je ne sais plus ce que je veux, je ne sais plus si j’ai envie d’y aller. Et c’est là où la perte de sens, elle arrive en fait. C’est que je ne… C’est un gros point d’interrogation et je commence à penser que ça y est, je suis dans la fin d’une saison, d’un cycle. Et tu vois, quand j’ai créé Ecoplany, au tout début, je m’étais dit, ça ne sera pas la boîte de ma vie. Je sais que ce sera ma première entreprise, mais ce ne sera pas pour toute la vie. Et pour autant, quand tu es dedans, tu as envie que ce soit pour toute la vie, tu vois?
Ombeline — J’avais dit, si du moins, on se disait tous ça quand on crée une boîte. Je la crêpe, mais pas pour toute la vie.
Léa — bah ouais. Je sais pas pourquoi, mais je me le suis rappelée il y a pas longtemps, je te cache pas. Je sais pas si j’ai bien répondu à ta question, Obline, là.
Ombeline — J’étais en train de me rappeler quelle était ma question, je dois dire. Qu’est-ce qui fait que cette fois-ci, tu prends une décision différente?
Léa — bah c’est ça. En fait, ce qui fait ça, c’est du coup, point d’interrogation. ce qui va me demander énormément d’efforts alors que je suis déjà bien cramée. Donc là, je me dis, en fait, c’est simple. Soit je continue, soit j’arrête en mon âme et conscience et je commence à faire le deuil. À ce moment-là, le deuil de mon entreprise, j’entends, commence finalement à se faire. Là, on est à peu près en mars, avril, tu vois, il y a un an. mars-avril 2025, je commence à vraiment me poser des questions, à mettre de moins en moins d’investissements en temps, en énergie. Alors, quand je dis de moins en moins, ça, c’est ce que je me suis dit à ce moment-là. Je m’investis moins. Je ne me suis pas du tout désinvestie. Jusqu’au bout, je n’ai rien lâché. Rien lâché. Tu vois le côté « Yang ».
Léa — À le bout, c’était d’honorer, par exemple, la boîte est terminée, mais j’ai honoré mes prestations jusqu’au bout. Même si je faisais, pour être complètement, tu vois, on est honnête, on est sur vérité, du bénévolat à la fin.
Ombeline — d’accord ouais ouais ouais ok donc tu prends la décision quand même de fermer la boîte
Léa — Je faisais du bénévolat. Je ne me payais plus. Donc… Oui, je ferme la boîte.
Ombeline — Tu t’investis quand même jusqu’au bout. Voilà, c’est aussi tes valeurs, j’imagine. Et qu’est-ce qui fait que tu prends la décision de la fermer et pas de la vendre ou même de te transformer toi pour quelque part peut-être lui donner une nouvelle raison d’être, plus alignée à qui tu deviens ou je ne sais quoi, tu vois. Qu’est-ce qui fait que tu prends cette décision-là et pas une autre?
Léa — J’avais envie de passer à autre chose. En fait, j’avais du coup ce côté, tu vois, dont je parlais tout à l’heure, toxique. Je pense qu’à l’inverse, tu vois, c’est comme dans une relation. À un moment donné, quand la relation s’arrête, t’as envie vraiment de passer à autre chose et surtout quand c’est toxique. Et je pense vraiment que oui, j’aurais pu la vendre. Oui, j’aurais pu transitionner à l’intérieur, mais moi, à ce moment-là, j’avais un espèce de dégoût qui était arrivé. Je me sentais complètement prisonnière, en fait. Et ce dégoût, cette allergie à la fin, je me suis dit « Non, on s’arrête là, j’ai envie de repartir sur quelque chose qui, en plus, me ressemblera beaucoup plus ». Si là, je repartais, je gardais juste la structure, finalement, juridique. En plus, je ne pouvais pas parce que financièrement, c’était trop compliqué à ce moment-là. Mais j’aurais pu le faire. Mais si tu veux, j’ai eu besoin de tourner la page d’une part, de recommencer une page blanche d’autre part et de me laisser le temps d’infusion entre les deux. C’est-à-dire de me dire, OK, qu’est-ce que j’ai appris que je ne referais pas? ou qu’est-ce que j’ai appris que je referais. Mais j’ai besoin, j’ai eu, et j’ai encore besoin d’ailleurs, d’une période d’apprentissage.
Ombeline — t’avais besoin de vide en fait pour vraiment vivre le deuil aussi que tu évoquais tout à l’heure le deuil de l’entreprise fallait une période euh
Léa — Donc, je ne pouvais pas le faire si, tu vois, je réenchaînais les projets. C’est ce que j’ai fait, hein, j’ai réenchaîné. Mais c’était une grosse bêtise. Ça a été une grosse bêtise.
Ombeline — Qu’est-ce qui a été finalement le plus difficile pour toi dans cette période?
Ombeline — Enfin, de fermeture ou même entre le début 2025 et le rendez-vous au tribunal il n’y a pas si longtemps. Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour toi?
Léa — Le plus difficile pour moi, c’est… Il y a plusieurs choses. La première, je pense que la toute première, c’est comme les phases de deuil. Tu sais, au début, c’est dans le déni. Non, non, je ne ferai pas. Tu sais, tu continues à travailler comme si de rien n’était. Donc, pourquoi je faisais ça à ce moment-là? Parce que j’avais peur du vide. Donc ça, ça a été difficile pour moi. Ça l’est encore, hein. de voir mon agenda qui n’est plus du tout rempli comme avant, tu vois, rempli de plein de choses. Là, à ce moment-là, quand je décide de fermer mon agenda, et même là encore aujourd’hui, c’est allégé. Donc, je pourrais me dire, génial! Pas du tout. Là, tu as la drogue et l’adrénaline dont on parlait qui revient. Donc, ça, c’est déjà premièrement la peur du vide. Ensuite, ça a été le regard des autres.
Ombeline — et quand tu dis les autres c’est
Léa — Le regard des autres, difficile. Le regard des autres que je mêle aussi à l’échec. Le regard des autres, d’un point de vue, je ne suis plus entrepreneur, tu vois. Suis-je encore même entrepreneur quand je décide d’arrêter? Donc, c’est le regard des autres par rapport à ma place dans la société. Ça, ça a été très, très compliqué. Bon.
Ombeline — tout le monde confondu ou il y a eu un domaine particulier?
Léa — Non, non, non, l’entreprenariat.
Ombeline — Ah ok, donc on va dire les pairs.
Léa — Tes pères. Ah ouais, ouais, tes pères. Suis-je encore considéré comme entrepreneur vu que je ferme ma boîte, tu vois?
Ombeline — et tu as eu des réactions ou c’est toi qui t’imaginais des choses ou tu as vraiment eu des réactions?
Léa — Non, j’ai eu des réactions, mais… Parce qu’en même temps, à ce moment-là, j’avais pris aussi une mission freelance à côté quand j’étais en train de fermer. Donc, on m’a dit, mais du coup, tu n’as plus ta boîte. Et en fait, on ne m’a pas fait des réflexions qui ont été méchantes. Je ne vais pas inventer, tu vois. Par contre, moi, ça m’a challengée. Tu vois, mais ça m’a challengée. J’avais ce côté colère qui est apparu à ce moment-là. Tu vois, c’est comment ça, on me dit ça? Je suis toujours entrepreneur, je vais toujours entreprendre de nouveaux projets pour accompagner, là, pour le coup, accompagner les entrepreneurs encore à six chiffres, justement, dans cette phase de réalignement. Mais ça, ça m’a bien challengée. Mais non, je n’ai pas eu, tu vois, de… À l’inverse, ce que j’ai eu, par contre, c’est on ne donne plus l’heure.
Léa — Ah oui, il y en a qui ne te calculent plus parce que tu n’as plus de boîte. Donc, il y en a qui ne te calculent plus. Ben non, c’est des relations qui, tu vois, tu n’es pas amie. Donc, tu t’es aidée à un moment donné parce qu’on a échangé sur des stratégies business, sur le business, l’opérationnel, la stratégie. Mais sur l’humain, à ce moment-là, ça n’existe plus quand tu n’as plus de relations business, tout simplement.
Ombeline — C’est dingue. C’est dingue. Donc, en fait, c’est comme si les liens sont coupés. Il n’y a plus d’appartenance au milieu entrepreneurial.
Ombeline — En tout cas, il y a certains codes de l’entrepreneuriat.
Léa — À certains codes. Oui, à certains codes.
Ombeline — Donc, la peur du vide, le regard des autres entrepreneurs. Est-ce qu’il y a autre chose que tu voulais partager de cette période?
Léa — il y a eu aussi l’identité.
Ombeline — évidemment. C’est ça qui est C’est ça qui te faisait mal en fait, c’est la perte d’identité.
Léa — Perde d’identité. Qui suis-je quand je ne suis pas mon entreprise? Qu’est-ce que je fais quand je ne bosse pas?
Ombeline — et puis surtout que tu disais au début de l’épisode qu’avant, effectivement, ton niveau de reconnaissance était en fonction de ton chiffre d’affaires.
Léa — j’étais mon chiffre d’affaires, j’étais mes résultats.
Ombeline — Et il y a beaucoup d’entrepreneurs comme ça. Et d’ailleurs, dans certains domaines de l’entrepreneuriat, c’est véhiculé comme message.
Ombeline — Plus tu fais du chiffre, plus tu es quelqu’un de bien, quoi.
Léa — Ah oui, sur les réseaux sociaux, c’est toute la journée, ça. Toute la journée. Et c’est ce qui fait que beaucoup tombent dans la comparaison. Je suis nulle parce que je ne fais pas… Enfin, c’est ce qui s’est passé pour moi quand j’ai rejoint un mastermind, tu vois. J’ai fait que de me comparer par rapport au chiffre d’affaires. Ce n’était pas du tout ce qui était infusé dedans, dans ce mastermind-là, en l’occurrence. Mais en fait, entre nous, ça se… Enfin, je le voyais. Ça se regardait le chiffre d’affaires, quoi, tu vois, pour parler poliment.
Ombeline — c’est ça qui est la plus grosse quoi finalement c’est un peu toujours la même histoire ouais
Léa — Non, mais enfin, voilà. C’était qui aura le plus gros chiffre? Oui, mais c’est toujours la même histoire. C’est toujours la même histoire et ça perdurera tant que l’entrepreneuriat, il n’y aura pas un peu de guine aussi, tu vois, à l’intérieur. C’est terrible, mais à la fois, je comprends aussi ce côté hustle. Je le comprends, je ne peux pas cracher dessus, j’y ai contribué à ce monde-là. En revanche, C’est dur de ne plus appartenir à ces codes quand… Moi, tu vois, je ne les ai jamais compris, ces codes. D’afficher son chiffre d’affaires et tout, je n’ai pas du tout été en plus éduquée ni ma vie professionnelle avant d’être entrepreneur. J’étais en start-up. En start-up, tu n’avais pas les fondateurs qui disaient, à ce moment-là, 2017-2019, qui disaient, oui, je fais 3 millions d’euros. Voilà comment j’ai fait. Pas du tout. C’était autre chose. J’ai rien contre ça, mais si c’est construit derrière, tu vois. Donc, cette culture du qui aura le plus gros chiffre d’affaires, qui travaillera le plus, qui démontrera le plus sa méthode, qui… Surtout dans le monde de l’infoprenariat, c’est… Tu vois, la formation en ligne, le coaching et tout, c’est saturé de ça. Tout le monde vend sa méthode, son truc. C’est à vomir ce qui se passe aujourd’hui, tu vois. C’est…
Ombeline — carrément carrément on arrive vraiment je pense qu’on a même dépassé l’excès On est même au-delà de l’excès. Ouais, carrément. Et donc, ouais, cette rupture identitaire qui est au final la vraie rupture intérieure, et je pense que c’est important aussi de dire que tu vois quand on parle de cet excès de de yang dans l’entrepreneuriat mais auquel on adhère aussi parce qu’on en a besoin je veux dire en tant que femme on a aussi ce yang et on en a besoin et heureusement qu’on a ça sinon on pourrait pas tenir des boîtes Mais est-ce qu’aujourd’hui, tu retrouves une forme d’équilibre dans ta nouvelle posture? Je sais qu’il y a des choses, voilà, c’est encore en cours, etc. Mais est-ce que consciemment, tu te reposes les questions de comment mettre plus de yin? Est-ce que tu redécouvres ton yin selon celle que tu es devenue aujourd’hui?
Léa — parce que je me pose des questions sur l’alignement de manière générale. Tu te reposes des questions sur qui tu es. Forcément, c’est lié à ce que tu disais, à l’identité. Donc, j’ai effectivement de plus en plus de techniques ou de pratiques qui sont liées justement à me reconnecter à mon féminin. et à en remettre aussi dans ma vie perso, parce que dans ma vie perso, c’était la même chose, tu vois. Ça peut passer, par exemple, tu vois, tous les matins, je fais du yoga. pour me reconnecter, parce que ça passe aussi par mon corps. Je m’étais complètement, vous l’avez compris, je pense, en m’écoutant, déconnectée à mon corps. Donc, le yoga me permet d’être ancrée, alignée, connectée à mes émotions, à mon corps, à mes ressentis. Et donc, il y a ça, il y a le fait que si je me sois entourée, comme je l’ai toujours fait, tu vois, j’ai une psychologue spécialisée dans les entrepreneurs qui m’accompagne à trouver justement cet équilibre
Léa — Et après, je dirais que c’est en chargement, c’est en téléchargement sur le reste, mais je passe beaucoup de temps à écrire, à réfléchir, à marcher. Alors ça, c’est pareil, tu vois, c’est comme le yoga. Voilà, je marche maintenant. Le corps, ça passe beaucoup plus par le corps, ouais, que par la tête. La tête, elle m’a saturée.
Ombeline — D’autant plus que ce qui m’a interpellée quand tu racontais ton premier breakdown de 2022, c’est que c’était très dans la région du ventre quand même.
Ombeline — Donc c’est vraiment l’instinct, les tripes. Attends, j’ai perdu mon fil. Et oui, en fait, ce travail, après une rupture, il y a tout ce travail de réconciliation pour revenir à ton entièreté. Parce qu’en fait, comme beaucoup d’entrepreneurs, malheureusement, tu es tombé dans le piège de la rupture, de la fracture intérieure pour réussir ton business. Parce que c’est comme ça qu’on nous apprend que ça fonctionne. Et donc aujourd’hui, tu es dans ce travail intérieur de réconcilier de récupérer toutes les parties de toi et de revenir à ton entièreté selon celle que tu es aujourd’hui et donc effectivement comment je pense mon nouveau business à partir de ça
Léa — Mais tu vois, dans ce que tu viens de dire, ça me refait dire que c’est hyper paradoxal ce qu’on vit parce qu’on veut réussir. Tu vois, quand on est entrepreneur, on veut réussir. On fait tout pour réussir. On est dans ce work hard à fond, tu vois. Et c’est quand on a réussi que ça se met à déconner. Il y a quand même un problème.
Ombeline — Ben non, parce qu’on veut réussir, mais on ne se pose pas la question de ce que ça veut dire réussir.
Ombeline — On dit réussir, en gros réussir c’est devenir entrepreneur déjà, parce que c’est devenu un critère de réussite aujourd’hui, ce qui n’était pas le cas il y a 20 ans. Donc pour réussir aujourd’hui socialement, il faut être entrepreneur et il faut arriver à 7 chiffres. Mais en fait, c’est tout ça qu’une fois que tu es là, tu te rends compte, et on en a d’autres des témoignages dans le podcast, une fois que tu es là, tu te rends compte que ce n’est pas ça réussir.
Léa — Pas du tout. Mais tu vois, c’est là… En fait, tout à l’heure, tu me demandais ce qui a été le plus dur pour moi dans cette période de fermeture de la boîte. Il y a eu aussi ça, tu vois. Admettre que je m’étais trompée. Je m’étais trompée.
Léa — Quand tu te rends compte de ça, ça fait mal à ton égo, mais c’est ta responsabilité de te dire « Bah oui, je me suis trompée, en fait. La réussite, c’est pas ça. La réussite sociale non plus. Enfin, tu vois, la réussite sous toutes ses formes, c’est pas ça. » sur les podcasts, sur YouTube, sur je sais pas moi, bref, sur tous les canaux de communication confondus, c’est pas fait pour moi, c’est pas ça que je veux, en tout cas c’est plus ça que je veux, ça a évolué, parce que la réussite c’est pareil, tu la vois en 2019, je t’aurais dit une autre définition qu’aujourd’hui, tu vois.
Ombeline — Bien sûr, bien sûr. Et c’est ça qui est riche en même temps. C’est ça qui est riche, c’est de pouvoir réévaluer ce qu’est la réussite. Mais c’est vrai que la place de l’ego, elle est essentielle d’en prendre conscience. Et au départ, la réussite, on la pense à partir de l’ego. Donc, il y a après toute cette déconstruction et cette reconstruction identitaire au-delà de l’ego.
Léa — Allez. C’est pour ça que je ne comprends pas qu’on n’en parle pas autant. Il y a un vrai sujet de fond qui est tabou. On en parlait la première fois qu’on a discuté ensemble. On parle de l’entrepreneur qui réussit, du chiffre d’affaires, etc. Bref. Et après, on parle du burn-out. Et encore maintenant, on en parle du burn-out chez l’entrepreneur. Parce qu’il faut dire qu’en même temps, là où on se parle, on est en 2026, la plupart des entrepreneurs ne sont quand même pas, psychologiquement parlant, pas tous très joyeux avec la conjoncture. Mais bref.
Ombeline — Et puis même le burn-out, ça va peut-être même devenir une preuve de mérite supplémentaire. Je pense où on est. C’est genre, moi, c’est bon, je suis passée par le burn-out, donc je suis encore plus légitime.
Léa — j’ai compris, je fais la même chose pour les autres. Non, mais il y en a plein sur ça, tu vois. Mais en fait, l’entre-deux, là, on n’en parle pas du tout. Ou quand tu commences à t’effacer de tout ça, c’est…
Ombeline — Parce que ce besoin d’appartenance, il est tellement fort. Et on le nourrit dans l’entrepreneuriat.
Léa — Bien sûr qu’on le nourrit, c’est que ça. Et tu vois, c’est pour ça que je… Quand je te disais, je ne comprends pas qu’on n’en parle pas, c’est tout… Il y a un truc que j’ai compris il n’y a pas longtemps. Et c’est en parlant avec ma psy que j’ai compris ça. Elle m’a dit, de toute façon, tant que les entrepreneurs n’ont pas compris que leur actif numéro un, c’était la santé de l’entrepreneur, ça allait droit dans le mur pour 90% d’entre nous. moi j’ai pas compris j’ai pas compris et du coup je me suis trompée là dessus sur la question parce que la santé de l’entrepreneur pour moi c’était la santé genre oh va faire du sport tu vois voilà c’était limité quand même comme réflexion donc c’est là où je me dis en fait tu vois
Ombeline — mais parce qu’en fait, l’entrepreneuriat révèle les failles les plus profondes de toute notre société. Et ce que tu viens de dire là, ça montre simplement que la santé, tout le monde s’en fout. On est quand même dans une société où les soignants sont quand même les plus mal payés de notre société quasiment.
Léa — Ah oui, c’est pas du tout valorisant!
Ombeline — La santé n’est pas valorisée dans notre société. Donc la santé d’un entrepreneur, tout le monde s’en fout. Et l’entrepreneur aussi, parce qu’on est aussi éduqué dans un monde où c’est l’extérieur qui est valorisé, où c’est ce qui est complexe, où c’est l’effort extrême. Ça, ça a de la valeur. Mais la santé, quand tout va bien, quand on est souriant, tout le monde s’en fout.
Léa — C’est ça, mais c’est aussi, tu vois, ça me fait penser au modèle de réussite qu’on a. Personnellement, les modèles de réussite que j’avais n’étaient pas du tout calibrés pour moi, pour mes valeurs, pour ma vie, pour ma personnalité, pour mes projets. Je me suis calquée sur d’autres personnes, sur d’autres modèles.
Ombeline — mais tu sais c’est aussi pour rappeler quand même que en tant que femme des modèles on n’en avait pas tant que ça on n’en avait pas du tout peut-être donc on a été tu vois le modèle de nos mères de nos grands-mères c’était peut-être pas celui qui nous faisait kiffer
Léa — C’est le syndrome de l’Oge et brillant, là. Non, pas trop.
Ombeline — et donc on a pris un modèle entrepreneurial parce que c’était peut-être pas non plus le modèle de nos pères, de nos grands-pères qui nous a kiffés non plus ou dans lequel on pouvait se reconnaître on s’est dit l’entrepreneuriat c’est un peu la voie de la liberté c’est la voie de l’épanouissement etc etc mais au final on est resté dans un modèle yang bah oui
Léa — Complètement. En plus, ça me fait rire. Ce que tu dis, ce n’est pas ce que tu dis qui me fait rire. Ce qui me fait rire, c’est que moi, la liberté, c’est ce que je voulais. Je n’ai jamais eu la liberté.
Ombeline — Mais en fait, aujourd’hui, ta définition de la réussite, elle est liée à ta définition de la liberté.
Léa — Qu’on soit très, très clair, je n’ai jamais eu la liberté que je voulais. Tu vois, la liberté financière, la liberté géographique, la liberté d’être, la liberté d’incarner, la liberté sous toutes ses formes, je n’ai jamais réussi en sept ans de l’entrepreneuriat. Ça, ça a été dur pour moi de la mettre.
Ombeline — Alors, où est-ce qu’on en est? Attends.
Léa — Ça va, je parle pas trop, là, parce que… Tu couperas si…
Ombeline — Attends, j’essaie de recentrer. Oui, mais t’inquiète, ça va être simple. Hum… Il y a quelque chose aussi qui ressort dans ce qu’on dit, c’est… Et là, je pense qu’on va un petit peu taper dans la fourmilière. En fait, il y a beaucoup d’entrepreneurs qui se croient en train de scaler, donc en gros, d’être dans une croissance exponentielle, alors qu’en fait, ils sont en train de compenser un vide intérieur.
Ombeline — Comment tu aimerais réagir à ça?
Léa — Effectivement, j’en ai vu. Je pense que… Je peux pas dire que j’en ai pas fait partie ou j’ai pas agrémenté ce truc-là, parce que, tu vois, quand j’ai lancé la boîte, j’avais cette rage, cette vengeance même, auprès de mes anciens boss dans le salariat, qui me pensaient ceci, qui me pensaient cela, tu vois. Et… Du coup, là, tu parles de scaler. Moi, je dirais juste faire de la croissance, en fait. C’était pour moi un modèle de… Vous avez vu. Donc, forcément, par rapport à ce que tu exprimes là, il y avait quelque chose à soigner en moi, à réparer.
Léa — Effectivement… Alors, je ne dirais pas que c’est la plupart des entrepreneurs, mais beaucoup d’entrepreneurs que j’ai côtoyés, que j’ai vus faire, que je suis, que vous suivez, j’ai été aussi dans un secteur où j’ai vu beaucoup ça parce que j’accompagnais les thérapeutes tu vois, les professionnels de l’accompagnement où en fait accompagner pour eux c’était leur thérapie personnelle Et pour autant, je peux t’assurer que la plupart, pas des clients, mais des prospects que j’ai pu avoir, je n’enverrai ni mon père, ni ma mère, ni ma sœur, personne. Je ne leur faisais pas confiance du tout parce que justement, ils étaient tellement dans compenser ce côté de choses à soigner, à réparer.
Ombeline — en fait tu voyais les failles carrément je fais exprès d’utiliser ce mot
Léa — Ah, je voyais que ça. Mais c’est pareil pour les entrepreneurs qui scalent ou qui font 3 millions. Puis scaler, c’est encore une fois, je veux dire, c’est bullshit. Non, mais c’est bullshit. On arrête de nous faire chier avec cette histoire de scaler. OK, demain, toi et moi, on peut réussir à scaler nos boîtes. On peut faire 1 million, 2 millions, 3 millions. Il n’y en a pas beaucoup. Honnêtement, il n’y en a pas beaucoup qui arrivent. Mais… On peut y arriver. En revanche, moi, ça me fait rire les gens qui me disent « Ouais, j’ai scalé, j’ai fait x4 en croissance. » Et je leur dis « Ah, et ta marge? » Tu vois, rien que ça déjà. Ça les calme, en fait. « Ah, t’as fait beaucoup de marge. Tu fais combien de bénéfices cette année? » Du coup, t’as eu de la renta pour rester très sur le côté « young », tu vois? pragmatique. Ah, t’as eu de la renta? Ouais, bon, bof. T’as fait des projets perso avec ça. Tu te rends compte qu’en fait, la plupart, il n’y a rien. Il n’y a rien, c’est du vide.
Léa — Il y a ça. Après, je dirais que oui, à ce moment-là, si on parle de tout ce qui est business en ligne, etc., il y a eu énormément d’entrepreneurs qui, pendant le Covid, se sont engouffrés là-dedans, donc ont pu scaler, mais ils n’avaient aucune éthique Tu vois, c’était on y va, on scale. Et puis eux, c’était pour faire de la thune. Donc voilà, ça, c’est la deuxième catégorie, tu vois, qui, moi, me fait péter un plomb parce que ça a été des concurrents et que j’ai vu qu’ils délivraient très mal, très, très mal. Donc eux aussi, tu vois,
Ombeline — dans les professeurs du lien j’ai une petite idée de certaines personnes que tu pourrais mentionner oui effectivement
Léa — Et il y en a d’autres, effectivement, qui font ça parce qu’ils ont quelque chose à réparer. Mais après, ça dépend de ce qu’on a à réparer. Tant que tu incarnes et que tu es un bon leader et que tu es capable d’embarquer ta vision, je n’ai rien contre ça, tu vois? juste traite bien les gens parce que ça c’est pareil le nombre de personnes que j’ai vu moi je viens du milieu de la startup donc j’ai vu l’envers du décor startup j’ai vu l’envers du décor de l’entrepreneuriat c’est similaire C’est-à-dire qu’on va te vendre, voilà, l’entreprise fait 4 millions, on va te mettre un super post sur « Welcome to the jungle » en te disant que tu seras responsable, je ne sais pas moi, marketing, digital, et puis on va te proposer un salaire à 1 500 euros par mois avec plein d’avantages sociaux. Pourquoi tu me parles, tu vois? Tu fais 4 millions, tu me proposes 1 500, poste de responsable, prends un stagiaire, enfin, je ne sais pas, tu es genre… En fait, c’est que ça, tu vois, moi qui m’a dégoûtée, hein.
Ombeline — non mais après on va pas refaire non plus le milieu entrepreneurial mais je pense que c’est important parce que tu vois les auditeurs de vérité s’ils écoutent vérité c’est qu’ils savent déjà qu’il y a un malaise ils vont rien apprendre ils savent déjà qu’il y a un malaise et il y en a aussi beaucoup
Léa — qui m’a dégoûtée de l’entrepreneuriat et du monde des startups. Je ne sais pas si j’ai répondu à ta question, mais je pourrais y aller encore. Non! Ouais, bon.
Ombeline — qui n’osent pas l’expansion pour ne pas amplifier ces malaises et tout ce qui va à l’encontre de leur valeur. Parce que je dis souvent que l’expansion n’ajoute rien de l’extérieur, elle vient amplifier les failles intérieures.
Léa — C’est vrai que là-dessus, si j’avais voulu, et j’ai des amis qui ont la même réflexion que moi là-dessus, on aurait scalé, comme tu dis, tu vois. On aurait scalé. Mais en fait, donc c’est une forme d’expansion, en fait, y aller, ça demandait aussi des choses dont j’avais pas envie.
Léa — J’avais pas envie d’aller encore plus m’exposer, encore plus gérer. Et donc… pour moi, me déconnecter beaucoup plus encore, m’éloigner, tu vois, encore plus de pourquoi j’ai lancé mon entreprise. Parce qu’à la fin, tu deviens, t’es même plus une… Enfin, moi, en tout cas, j’étais plus une visionnaire, j’étais la gestionnaire. J’éteignais les feux, je gérais, je faisais même plus ce que j’aimais, tu vois. J’avais même sacrifié ça. Donc, en fait, oui, y aller, ça voulait dire quoi? Faire plus de croissance, mais… Enfin, ça…
Ombeline — Tu vois, moi je pense que parfois l’expansion, c’est la décroissance.
Léa — Exactement, je suis complètement d’accord.
Ombeline — Parce qu’en fait, la véritable expansion, déjà elle part de ce qui est déjà à l’intérieur de nous, il n’y a rien de nouveau, tout est déjà en nous, et donc l’expansion, c’est revenir encore plus à l’essentiel, et parfois pour ça, il faut créer de l’espace, il faut créer du vide, comme ce que tu as vécu avec cette boîte que tu as décidé de fermer. Et tu es en train de revenir à l’essentiel. Et donc, tu es en phase d’expansion. Parce que même si, visiblement, il ne se passe pas grand-chose, enfin, il se passe plein de choses, mais tu vois, ton agenda se vide, enfin, voilà, il y a du vide qui est en train de se créer. Il y a moins de flux financiers qui passent, etc. Mais n’empêche que tu es en train de préparer un step d’expansion à partir de qui tu es. Et ça va être beaucoup plus puissant que ce que tu as vécu jusqu’à maintenant.
Léa — Je suis assez d’accord, je suis en train de l’expérimenter ça. Je suis trop contente. En vrai, je suis trop contente de vivre cette expansion dans ce sens-là, parce qu’encore une fois, ça valide le côté « je m’étais trompée, c’est pas ça que je voulais ». Non, c’est trop intéressant.
Ombeline — Et donc, qu’est-ce que tu apprends dans cette entre-deux pour arriver un peu à la conclusion, tu vois, et compléter tout notre échange? Qu’est-ce que tu apprends dans cette phase en ce moment, du coup, qu’on va appeler l’expansion, si tu veux bien, via la décroissance?
Léa — J’apprends que je n’ai pas besoin de gagner… Tu vois, je n’ai pas besoin de scaler, je n’ai pas besoin de gagner 50 000 euros par mois, ni même 15 000 pour… Je parle de chiffre d’affaires là. Pour me sentir valorisée par les autres et par moi-même. Je me rends compte aussi que… Je me rends compte des mauvais choix que j’ai fait en ce moment, tu vois. Des mauvais investissements. Et je me rends compte aussi que j’ai bien trop sacrifié. Et ça, plus jamais. Tu vois, dans cette phase d’expansion, je pense que le sacrifice, cette abnégation, elle était beaucoup trop présente. beaucoup trop fortes. Et tout ce que j’ai sacrifié, il y a eu des choses positives, mais la plupart n’étaient pas des désirs réels.
Léa — C’était des peurs, de tout perdre, d’insécurité.
Ombeline — Donc tu décidais à partir des peurs.
Léa — Ah oui, beaucoup, beaucoup, l’entrepreneur a beaucoup peur. C’est pour ça qu’on prend des décisions comme ça et qu’on y va et qu’on tient à tout prix.
Ombeline — Et donc ça amplifie les failles. Et ça continue, enfin les résultats continuent de nourrir les peurs. En fait c’est vraiment un cercle vicieux.
Léa — C’est pour ça que la reconstruction, pour moi, elle est clairement identitaire.
Ombeline — Elle est identitaire et j’allais te dire, l’expansion, surtout celle que tu vis par la décroissance, elle demande tellement d’amour. Tellement. En fait, tu es en train de re-remplir ton estime de toi, l’amour de toi, le respect, ta dignité aussi. Et ça, ça touche toutes les sphères.
Léa — C’est beau ce que tu viens de dire. Je suis à deux doigts de chialer. Vraiment, c’est très vrai. Et ça, tu le comprends quand tu l’expérimentes effectivement. Bien trop tard, malheureusement, pour ma part, mais en espérant que celles et ceux qui nous écoutent ne vivront pas ça.
Ombeline — et tu vois c’est important c’est important ce message de ton témoignage qui est en fait en disant stop à ta boîte et à tout ce que ça représentait en fait t’as dit oui à l’amour yes
Léa — je pense, et à l’amour de la vie. Trop passe à côté, j’ai 36 ans, il est temps là. Let’s go, on y va.
Ombeline — Qu’est-ce qu’il faudrait ajouter à cet épisode pour que ça te semble complet, Léa?
Léa — Je pense qu’il faut rajouter la notion de discernement.
Léa — Euh… Moi, j’en ai manqué. Surtout quand j’étais dans des groupes d’entrepreneurs. Tu vois, c’est ce truc de syndrome de l’objet brillant, ce truc des réseaux sociaux aussi. Il n’y a pas que les groupes d’entrepreneurs, les réseaux sociaux nous font beaucoup perdre notre discernement parce qu’on nous vend, c’est comme ça qu’il faut faire. Et il y en a 15 000 tous les jours qui te diront c’est comme ça qu’il faut faire. Et en fait…
Ombeline — Et maintenant, c’est Lydia qui nous fait perdre notre discernement.
Léa — c’est vrai. L’IA aussi, ouais. De toute façon, l’IA, c’est écrit par l’IA maintenant, nos postes Insta. Enfin, tu vois, l’un dans l’autre, finalement. Donc, c’est ça, je pense, qui, à mon sens, faudrait rajouter. C’est ce côté revenir à soi par le corps aussi. Le discernement, il passe par le corps, à ses intuitions, à ses ressentis. Mais aussi, investiguer avant d’agir.
Ombeline — Qu’est-ce que tu entends par là?
Léa — Allez fouiner. Est-ce que ça marche vraiment? Est-ce que ça marchera pour moi ou pas? J’en ai tellement vu, Omblin, changer du tout au tout de business model parce que ça marchait pour l’autre et en fait, ça a foiré pour elle ou pour lui.
Ombeline — tu veux dire qu’ils se sont précipités dans un truc par appel du succès? Sans se poser vraiment les questions?
Léa — Donc, investiguer si dans ta boîte, tu peux le faire, si ça marche d’une part et comment l’adapter. C’est ça, le discernement aussi. Comment l’adapter à toi, à ton modèle, à ta boîte et tes valeurs.
Ombeline — carrément mais en fait le discernement alors pour moi le discernement c’est du leadership de soi-même donc c’est le tout premier niveau de leadership et en fait ce discernement c’est aussi déjà
Léa — Et voilà. Ça, c’est difficile à faire. Mais je pense que c’est essentiel.
Ombeline — Oser voir la vérité à propos de soi et dire ok, est-ce que là j’agis à partir d’un espace intérieur de peur ou d’amour? Déjà cette question-là, elle résout beaucoup de choses. Mais faire le choix de l’amour, c’est pas faire le choix de la facilité.
Léa — Rarement. C’est ça le problème.
Ombeline — Tu voulais ajouter autre chose, Léa, pour compléter la conversation?
Léa — Non, je pense que je pourrais parler encore avec toi pendant des heures. C’est passionnant. Mais là, je pense que j’ai dit pas mal de choses déjà.
Ombeline — c’est précieux ce que tu as partagé. Je voudrais vraiment te remercier pour ta sincérité, pour ton ouverture, pour ta confiance aussi envers moi et envers cet espace du podcast. Ça me touche beaucoup. Je suis convaincue que ça va inspirer beaucoup d’entrepreneurs qui sentent déjà qu’il y a un problème. et leur donner justement peut-être cette autorisation dont ils ou elles ont besoin pour réajuster maintenant avant qu’il soit trop tard quelque part, même si finalement c’est jamais trop tard.
Léa — Il est possible que vous sentiez qu’effectivement, il peut être trop tard. Mais oser justement questionner ça, parce qu’on est beaucoup à l’avoir fait. Et tout va bien. Et tout ira bien, en fait. Tout ira bien.
Ombeline — carrément il y a une question que j’ai pas posée attend je m’embrouille tout seul il y a une question que ça fait longtemps que j’ai pas posée à mes invités et que j’avais envie de te poser à toi qui tu aimerais entendre dans le podcast vérité?
Léa — D’accord, j’ai peur. Attends, on ne pourra que tu es là. Attends, je ne sais pas, moi. Si, je sais. J’aimerais bien qu’on voit une personne qui veut être mon associé, membre du jury, j’entends.
Léa — Par exemple, Anthony Bourbon, j’aimerais bien.
Ombeline — Je ne sais pas si j’aimerais le recevoir.
Léa — Tu vois? Non, mais tu vois, je serais curieuse de savoir ce qu’il en pense. Ou sinon, sur vérité, j’entends sur un sujet X à définir. Ou sinon, justement, dans Qui veut être mon associé, il y a aussi Éric Larchevêque qui semble être un personnage aussi hyper intéressant.
Ombeline — et puis je pense que c’est important que ces que ces pontes de l’entrepreneuriat parlent en vérité aussi et Kelly Massol aussi elle a probablement plein de choses à dire ouais
Léa — et qui, je pense, a vécu plein de choses et plein de vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire et qui pourraient être passionnants d’écouter. Ça serait bien, messieurs, mesdames. Ah oui, oui, bien. Mais tous, là, tu m’en as demandé, mais bien sûr tous.
Ombeline — infiniment merci Léa évidemment dans la description de l’épisode les auditeurs peuvent te retrouver là où tu es et puis on a hâte ah j’ai pas cité le podcast est-ce que tu veux en parler ton podcast je l’ai pas cité en introduction je m’excuse tu nous rappelles le nom?
Léa — C’est pas grave. T’inquiète pas, s’il est en description, il n’y a pas de problème. Oui, c’est Wellness Impact.
Ombeline — Et je pense que vous allez aussi adorer le podcast de Léa si vous n’êtes pas encore abonné. Et j’ai hâte de voir tout ce que tu nous prépares, Léa. À bientôt.
Léa — Merci beaucoup, Amblin, et merci de m’avoir reçu. À bientôt.
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